C’est aujourd’hui que s’ouvrent officiellement les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. Les dernières vingt-quatre heures ont été marquées par une crispation diplomatique révélatrice du caractère sensible de cette question, et notamment dans l’opinion française. Je vous livre ici le texte de la tribune que j’ai publiée dans Libération, le 26 septembre dernier, sous le titre « Le rendez-vous manqué turc ».
« Les négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne qui doivent s'ouvrir ce 3 octobre posent une question doublement existentielle : pour la Turquie, très grand pays musulman, la question de sa vocation européenne ; pour chacun des Etats membres de l'Union, celle de notre conception de l'Europe, des valeurs qui la fondent et des frontières qui doivent être les siennes.
La perspective de voir l'Europe s'engager, presque en catimini et sans consultation démocratique, dans un mécanisme devant conduire, quasi mécaniquement, à l'adhésion de la Turquie, a sans aucun doute contribué à la victoire du «non» au référendum. Non pas que l'ouverture de ces négociations, programmée par suite d'une décision du Conseil européen ait été ni plus ni moins transparente que dans le cas des autres élargissements de l'Union. Les raisons de la perception très largement négative que beaucoup ont en France de la candidature turque, n'ont pour la plupart, rien à voir avec la réalité de ce qu'est aujourd'hui ce pays. Elles tiennent d'abord et avant tout à la peur de l'islam, qui est liée à l'échec ou aux difficultés de l'intégration des populations arabo-maghrébines de nos banlieues. Alors que la France découvre l'ampleur de la minorité musulmane chez elle (10 % au moins de la population), qu'elle s'inquiète de voir des mouvements jihadistes recruter sur son territoire, que l'on peine à faire respecter la loi de la république jusque dans nos écoles, que l'immigration apparaît de plus en plus «hors contrôle» dans une Europe qui ne sait plus vraiment où sont ses frontières, l'on n'aurait décidément rien trouvé de mieux que de faire entrer encore 70, voire bientôt 100 millions de musulmans ? Les électeurs ne l'ont pas compris, faute pour nos gouvernants d'avoir pris véritablement la mesure de ce problème, et moins encore préparé l'opinion en amont, avant des décisions pourtant programmées de longue date depuis le conseil d'Helsinki en 1999, puis celui de Copenhague en 2002.
J'étais de ceux qui étaient favorables au principe de l'ouverture de négociations avec la Turquie, voire à terme et si les conditions étaient réunies, à une éventuelle adhésion. Je considérais en effet que l'enjeu était civilisationnel : soit l'on estimait a priori que les musulmans, quoi qu'ils fassent et quel que soit en définitive leur système politique, économique et social, n'avaient pas leur place en Europe, et l'on acceptait par avance y compris à l'intérieur même de nos propres sociétés ! le «conflit des civilisations» prédit par certains ; soit l'on décidait de tenter l'expérience, pour ancrer la démocratie dans ce pays musulman laïc et promouvoir, face au modèle rétrograde que tentent d'imposer par la terreur, de Kaboul à Bagdad ou à Casablanca, les Ben Laden, Zawahiri et autres assassins à la Zarqaoui, le modèle alternatif d'un islam ouvert, tolérant, limité à la sphère privée et compatible avec nos valeurs. Cet enjeu reste pour nous aujourd'hui, après les attentats de Madrid, puis ceux de Londres en juillet dernier, de première importance. Et dans ce combat planétaire contre le terrorisme et le radicalisme jihadiste, nous aurons besoin de l'aide d'une Turquie pro-occidentale, qui vive selon les valeurs de l'Europe.
Mais pour qu'un processus aussi sensible politiquement et socialement puisse être mené à bien dans la durée, il fallait que deux éléments clés au moins soient réunis : que la Turquie entre dans la négociation à nos conditions et non aux siennes, c'est-à-dire sans ambiguïtés et en adoptant l'esprit et la culture démocratiques européennes ; et que, deuxième condition, l'Europe elle-même soit en état de gérer un tel élargissement aussi important par son ampleur démographique (sans même parler des différences culturelles et religieuses) que celui que nous venons d'accomplir avec les 80 millions d'Européens de l'Est. Or force est de constater qu'aucune de ces conditions n'est, à ce stade, réunie.
Il est certes indéniable que la Turquie de M. Erdogan a accompli, en l'espace de quelques années, de réels progrès en matière de développement démocratique et de respect des droits de l'homme, les fameux «critères de Copenhague». L'adoption en 2003-2004 d'un certain nombre de changements constitutionnels et législatifs ainsi que la transposition de l'acquis communautaire ont considérablement renforcé la crédibilité de la candidature turque.
Le Conseil européen, sur recommandation de la Commission, a donc décidé en décembre dernier à Bruxelles de l'ouverture de négociations d'adhésion en octobre 2005, sous réserve toutefois de certaines conditions. En particulier, les conclusions de la présidence mentionnaient la nécessité pour la Turquie, suite au dernier élargissement de l'Union, «de signer le protocole additionnel à l'accord d'Ankara, de manière à prendre en compte l'accession de dix nouveaux Etats membres» y compris donc Chypre , et ce «avant le début effectif des négociations d'adhésion». Or la Turquie a bien signé, le 29 juin, le protocole additionnel, mais elle l'a fait dans des conditions qui, politiquement sinon juridiquement, vidaient ce geste de son sens. En effet, dans une déclaration unilatérale équivalant à une réserve, la Turquie déclarait que sa signature «ne signifiait aucunement une quelconque reconnaissance de la république de Chypre mentionnée dans le protocole». Le geste, attendu par l'Europe, s'agissant de la reconnaissance de Chypre, n'est donc pas venu. Cela est décevant, surtout au regard de l'attitude constructive qui avait été celle du gouvernement de M. Erdogan pour favoriser les pourparlers tenus sous l'égide des Nations unies, qui avaient abouti au «plan Annan» de réunification de l'île. Le fait que ce soient les Chypriotes grecs qui, par référendum en avril 2004, aient majoritairement rejeté ce plan et donc empêché la solution du conflit chypriote, ne saurait pourtant dispenser Ankara de l'obligation de normaliser ses relations avec Nicosie. Et en dépit des contre-déclarations élaborées in extremis à Bruxelles, peut-on véritablement imaginer que les 25 entament des négociations qui plus est sur la question de l'adhésion avec un Etat qui ne reconnaît pas l'un d'entre eux ? Peut-on se satisfaire de telles contorsions, alors que, dans le cas de la petite Croatie, l'Europe a décidé de repousser l'ouverture des négociations tant que le gouvernement croate ne livrerait pas un criminel de guerre recherché par le TPIY, Ante Gotovina ? La différence de traitement serait vraiment choquante.
Mais il y a plus grave. Les opinions publiques européennes, et en particulier française, attendaient, là encore à juste titre, un geste de la part de la Turquie sur la question du génocide arménien de 1915 et des relations avec l'Arménie indépendante. Les Turcs auront beau jeu de dire que ce geste n'était pas mentionné, et je le regrette, dans les conditions expressément posées par le Conseil européen. Mais on ne peut bâtir l'avenir sur le déni de l'histoire et la négation des crimes passés, même s'ils ont été commis par les générations précédentes et sous un autre régime politique, en l'occurrence celui de l'Empire ottoman. Il ne sert à rien de fuir ses responsabilités devant l'Histoire : mieux vaut reconnaître, réparer, se réconcilier. L'Allemagne l'a bien compris au lendemain de 1945, et c'est cela qui a rendu possible sa participation, à égalité de droit, dans la construction européenne.
Bien sûr, il faut une bonne dose de courage politique pour avancer et surmonter le poids des mentalités, des tabous ou du mensonge d'Etat, qui dessert en vérité aujourd'hui les intérêts de cet Etat et de ses habitants. Des premiers pas sont sans doute nécessaires, comme la tenue en Turquie d'un premier colloque largement consacré à la question du génocide arménien, colloque initialement annulé à la demande des autorités et qui a pu pourrait finalement se tenir ce week-end à Istanbul (lire page 10). Mais il faudrait aller beaucoup plus loin, avoir le courage de reconnaître enfin la réalité de ce qui a eu lieu, sans finasser, sans fausse fierté, ni amour-propre mal placé. Plutôt que de ressasser les vieilles inimitiés, il serait grand temps pour les dirigeants turcs de construire un avenir meilleur pour les générations futures. Cela implique aussi la normalisation des relations avec l'Arménie indépendante, l'établissement de relations diplomatiques et l'ouverture de la frontière terrestre de la Turquie avec ce pays, aujourd'hui encore enclavé et dont l'accès n'est possible que via l'Iran ou la Géorgie. Or là aussi, l'on attend toujours depuis plus de dix ans, un geste du gouvernement turc hélas, en vain !
Ouvrir le 3 octobre prochain les négociations d'adhésion avec la Turquie, en l'absence de gestes politiques forts sur la reconnaissance de Chypre ou sur la question de l'Arménie, me semble prématuré. Et je ne peux sur ce point que me ranger à l'avis de la majorité de mes collègues de l'UMP et de son président, pour juger avec eux qu'il convient donc, plutôt que de se fixer un objectif politiquement hors d'atteinte, de mettre en place de manière pragmatique un partenariat stratégique ambitieux avec ce pays, en renforçant nos liens dans le domaine de la défense, de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme. »
d'abord coriger l'erreur j'espere pour vous que n'est pas volontaire sur votre blog je vous site "porcphete mahomet ...." mohamed n'est pas un porc le plus gros porc au monde c bien vous un connard qui essaye de montrer qu'il est plus intelligent que les autres et arreter de vous proner la liberté d'expression soit disant parceque en vous conaissant vous n'êtes qu'un hypocrite née vous avez trés bien que c'est très grave cequi a été fais du prophete mahomed et le dernier et que le seul qui y est proteger par 1milliard de muslmans c'est demain qu'on verra les chretien soit 1 milliard qui le protege ou moise c la meme chose.
et arreter de melanger conviction et image que vous representer vous n'etes qu'un escrot comme tous les autres.
Rédigé par: sami | 06 février 2006 à 23:35
Pour répondre à cette importante question, il faut tout simplement définir d'abord l'Europe que nous voulons. De quel projet parlons-nous? Que voulons-nous bâtir, lorsque nous disons "Union européenne"? Si la réponse est claire, il devient alors possible de répondre aux questions subsidiaires telles que : la Turquie a-t-elle sa place dans l'Union?
Pour ma part, le projet auquel j'adhère et qui est sans doute celui auquel ont pensé les "Pères fondateurs" de l'Europe est simple: c'est un projet d'intégration politique de pays qui ont un destin commun.
L'Allemagne et la France ont un destin commun, qu'elles le veuillent ou non. Elles ont donc naturellement vocation à entrer dans un processus d'intégration politique.
La Turquie a-t-elle un destin commun avec l'Europe ? La réponse est à l'évidence, NON. Rien dans l'histoire de notre continent permet de dire que la Turquie partage un destin commun avec la France ou la Belgique ou l'Irlande.
Ce qui ne veut pas dire que nous ne devons pas entretenir des relations suivies et sans doute privilégiées avec ce pays.
Si, en revanche, le projet de l'Union européenne est de bâtir une deuxième organisation des Nations unies, alors, bien évidemment, la réponse est OUI. Mais alors, il faudra intégrer l'Ukraine, le Liban et bien sûr Israël...
On voit bien que le débat n'est pas si compliqué. L'ouverture des négociations en vue d'une entrée de la Turquie traduit sans doute le manque de courage habituel de nos politiques et je tire mon chapean à Nicolas Sarkozy et à l'UMP d'avoir (enfin) sû prendre une position claire sur ce sujet.
P. Masi
PS/ c'est ma première contribution à ce blog!
Rédigé par: Pascal Masi | 24 janvier 2006 à 16:50
Bonjour Pierre,
Continuez à vous battre ! Même si la cause est perdue d'avance ! Il faut, coûte que coûte dénoncer ce qui se passe aujourd'hui. C'est historique. Mais hélàs, pas dans le bon sens. La Turquie vise l'Europe depuis tellement longtemps ! Et nous, nous "bavons" devant parce que l'on pense naïvement (ou pas du reste) que ce grand pays musulman certes économiquement en pleine expansion va pouvoir nous protéger des islamistes..Quelle vaste erreur ! nos gouvernants prennent vraiment les gens pour des c..s !!! En attendant, l'Europe qui ne savait déjà pas trop où aller va maintenant droit dans le mur à force de contradictions et d'incohérences en tous genres..Mais le plus drôle c'est que dans toute cette histoire nous servons très certainements les intérêts des Américains qui finiront bien par nous laisser totalement tomber au profit de la Chine...A suivre...
Rédigé par: Pepette | 26 octobre 2005 à 18:52
Pourquoi la Turquie avant la Russie? nous sommes plus proches des Russes (culturellement, historiquement...) que des turques...nous avons au moins un ennemi commun, l'Islamisme radical,sur lequel la position d'Ankara reste ambigüe ( + Chypre, Arménie...)
Alors, subissons nous le manque de vision et de courage de nos responsables politiques, ou sommes nous sous influence Américaine ?
Rédigé par: veyre | 23 octobre 2005 à 09:50
Ce qu'Erdogan a dit exactement c'est:
"Les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes, les dômes nos casques et les croyants nos soldats."
Rédigé par: Alceste | 17 octobre 2005 à 23:41
Ce qui est inquiétant c'est la duplicité des tenants de l'integration de la Turquie qui passent sous silence le vrai programme de son chef de gouvernement qui a dit:
Nos minarets sont nos missiles, nos mosquées
nos casernes et nos croyants notre armée...
Si aprés ça ils y en a qui doutent que la conquête de l'europe et son islamisation est en marche ,!!!!
Ca rappelle les beaux jours de la "drôle de guerre" en 1939 où notre gouvernement
( socialiste) et ses pacifistes béats nous persuadaient que nous n'avions rien à craindre de HITLER ! ( forcément, Adolph venait de passer un traité de non agression avec le communiste Staline !! ).
Rédigé par: lebrun | 15 octobre 2005 à 22:50
La volte face de Nicolas Sarkosy sur la Turquie sur un simple coup de téléphone de l'Elysée lui a déjà couté ma voix en 2007 !
Rédigé par: Marc Delevoy | 15 octobre 2005 à 17:26
Lui claquer la porte au nez le plus vite possible est indispensable.
Ce n'est pas dans 10 ans qu'on pourra le faire en minimisant les dégâts.
Rédigé par: Alceste | 10 octobre 2005 à 18:44
Sylvie, ce n'est pas en claquant la porte au nez de la Turquie que les mentalités vont changer.
Accompagnons la Turquie vers les standards européens, lui claquer la porte au nez serait une erreur.
Les droits de l'homme et le droit des femmes pourront être respecté grâce à l'Europe.
Rédigé par: HigorMaster | 09 octobre 2005 à 18:39
bonjour Mr Lellouche !
je suis contre l'adhésion de la turquie dans l'union européenne, il faudrait déjà que la turquie fasse de gros efforts en matière de démocratie, et aussi au niveau des droits de l'homme et le droit des femmes dans ce pays, par contre je ne rejette pas un partenariat avec la turquie, je pense qu'il faut une europe forte avant d'accueiller de nouveaux pays.
Rédigé par: sylvie bernasconi | 09 octobre 2005 à 17:32
Ce n'est pas consolider, ériger, les civilisations qui maximiserait les risques d'un conflit de civilisations.
C'est plutôt nier leur légitimité historique à devenir les nouveaux niveaux d'organisation politique principaux, les nier elles-mêmes en somme, c'est provoquer le mélange des patriotismes civilisationnels qui amenera la guerre.
Cette ouverture des négociations est contre-nature, antihistorique, antidémocratique, sotte et dangereuse.
Ne nous étonnons pas si, demain, devant l'effondrement européen en cours, d'aucuns ici et là prennent sur eux d'assumer la responsabilité de l'optimisation de survie des leurs et de leur enfants ainsi que de la sauvegarde de l'oeuvre de leurs ancêtres.
Rédigé par: Alceste | 07 octobre 2005 à 22:30
La marche de la Turquie vers l'Europe ne date pas d'hier, mais depuis 1830 environ.
Donc oui les turcs sont interessé par les valeurs de européenne.
Rédigé par: Loic | 07 octobre 2005 à 21:55
En ce qui me concerne, l'intégration éventuelle de l'Europe sonne comme la fin d'une Europe politique, que j'espérais.
Croyez-vous que les Turcs veulent adhérer pour les "valeurs démocratiques" ? A-t-on demandé aux Turcs d'Anatolie s'ils se sentaient européens ?
Tout ce que je vois, c'est que ces négociations réjouissent ceux qui ne veulent que d'une Europe-marché.
Cela m'attriste.
Rédigé par: koz | 07 octobre 2005 à 17:28
Bonjour, je partage votre avis sur la Turquie, enfin moi je pense qu'elle est européenne, et ça ne fait aucun doute pour moi.
J'espère qu'elle continuera à se démocratiser et à s'européaniser, et qu'elle rentrera dans quelque année dans l'UE.
Dommage que vos collègues de l'UMP soient contre...
Rédigé par: Loic | 05 octobre 2005 à 23:50
Je vois que, comme souvent , vous vous alignez sur la position de Georges W Bush. C'est une bonne chose de voir qu'il y a encore des hommes politiques en France qui ont le sens de la mesure et surtout des idées d'avenir pour l'Europe. La Turquie fut romanisée puis christiannisée avant d'entamer sous François 1er un partenariat avec la France. La rejeter maintenant serait une insulte !
Rédigé par: david martin | 05 octobre 2005 à 08:19
Bonjour Pierre,
En pensant à l'Europe que je crois nous sommes loin du concept de nos pères fondateurs, voire même dans une logique inverse. Mais je reste optimiste.
Bien à vous.
Valérie.
Rédigé par: DAVRIER | 05 octobre 2005 à 07:55