Réfléchir pour rebondir
Comme la plupart des Français, comme l’immense majorité des Parisiens, la défaite de Paris aux JO de 2012 a été pour moi un choc et une déception. Une déception à la mesure des espoirs qu’avait fait naitre la candidature parisienne pour le développement de Paris, pour le sport français, et pourquoi le cacher, pour le moral du pays dont chacun sent bien qu’il ne va pas très fort depuis un certain nombre d’années.
La défaite étant là, j’ai été encore plus choqué, et plus encore inquiet, devant certaines réactions du camp français recueillies à chaud depuis Singapour. A commencer par celle du Maire de Paris, Bertrand Delanoë. En substance, le Maire, qui assénait avant les résultats que nous avions le meilleur dossier, laissant s’installer l’idée que nous allions gagner, maintient après la défaite le même discours : nous avions bien le meilleur dossier, nous ne pouvions que gagner, dès lors l’échec ne peut être imputable qu’à des manœuvres déloyales, sinon frauduleuses, du vainqueur, voire à « d’autres » considérations – qu’on imagine géopolitiques ou diplomatiques – qui auraient joué en faveur de Londres, mais qui n’auraient bien sûr rien à voir avec Bertrand Delanoë, chef de l’équipe olympique.
Ce discours appelle plusieurs remarques.
En premier lieu, M. Delanoë qui, en grand communicant, avait totalement personnalisé la candidature parisienne à son seul profit (qui a jamais entendu parler de son Maire-adjoint chargé des Sports, un certain M. Cherki ?), qui se voyait déjà propulsé à l’Elysée après la victoire (sondages obligent), et qui entendait donc récupérer à son seul profit « son » triomphe à Singapour, essaye aujourd’hui de refiler la patate chaude de la défaite à d’autres : l’ennemi anglais bien sûr mais aussi Bush, Chirac, voire la diplomatie française… A n’en pas douter, la victoire n’aurait eu qu’un seul père ; la défaite, elle, est bien sûr orpheline.
Outre que cette attitude est tout sauf « fair play » - car rappelons le, il s’agit d’abord d’une fête sportive – qu’elle exploite des remugles nationalistes assez nauséabonds (la France trahie comme toujours par les anglo-saxons alliés à l’Espagne ou au plombier polonais), elle ignore hélas les faits : à aucun moment, à aucun des quatre tours de scrutins, Paris ne s’est trouvée en tête. Mieux, lors du troisième tour, nous étions talonnés à deux voix par Madrid alors que l’Espagne, ayant obtenu les jeux de Barcelone en 1992, aurait du théoriquement être hors jeu.
Tant que nous continuerons d’expliquer cet échec, comme d’autres (je pense au 29 mai), par la faute des autres : la mondialisation, la Chine, Bush, la Turquie, le plombier polonais, que sais-je encore ?, tant que nous continuerons à croire dur comme fer que nous sommes, parce que Français, les meilleurs en sport comme pour notre modèle social, que le reste du monde dès lors ne peut que rallier notre leadership, alors nous continuerons à nous planter chaque fois de façon plus spectaculaire !
Quelles leçons alors, devons-nous tirer de cet échec ?
Le premier est de réfléchir sereinement à ses raisons. Au niveau municipal, j’ai demandé la création d’une commission d’information composée d’élus de tous bords du Conseil de Paris qui sera chargée de faire la lumière sur notre dossier et ses éventuelles insuffisances. Les Parisiens ont le droit de savoir combien d’argent a été dépensé, si l’approche retenue était la bonne : le Paris d’Amélie Poulain face à la modernité de Londres, l’accent mis sur le politique plutôt que sur le sport. Au-delà, les Parisiens ont le droit de demander à Bertrand Delanoë quel est son plan B pour Paris. Depuis 2001, le Maire socialiste organise des fêtes, multiplie les trous sur la chaussée mais ne construit rien, ne prévoit aucun grand projet à la différence de Londres, de Berlin, de Madrid, sans parler de New York ou de Shanghai… sauf bien sûr les Jeux. Maintenant que l’espoir olympique s’est évanoui, que deviennent les équipements prévus ? Le quartier des Batignolles sur les 45 hectares repris à la SNCF, la desserte rapide indispensable de Roissy depuis la Gare de l’Est ?
Mais une autre réflexion doit être menée au niveau national. Quand Paris ne brille plus, la France n’illumine plus le monde. Et le moins qu’on puisse dire est que le rayonnement international de la France en a pris un coup ces dernières années. Ayons le courage d’examiner nos incertitudes intérieures et notamment la soi-disant supériorité de notre fameux modèle social. Celui-ci masque surtout un fantastique conservatisme, lequel n’a d’égal que notre incapacité à nous réformer et à accepter la modernité, alors que nous y parvenons quand nous le décidons (Airbus ou Iter par exemple).
Ayons le courage aussi de regarder en face notre politique étrangère. Faire la leçon au monde entier, autre tropisme bien français, est certes satisfaisant pour l’ego national, mais sommes-nous sûrs d’avoir toujours raison (du Moyen Orient à la PAC) et de respecter comme nous le devrions nos alliés et nos amis ? Voilà les questions que pose la défaite de Paris. Plutôt que d’accuser l’autre de turpitudes, et de faire le mauvais joueur trahi par des forces obscures, prenons plutôt le temps de la réflexion lucide et sereine pour mieux rebondir demain, et donner aux Français d’autres raisons d’espérer.
Il y a 8 jours, nous gagnions Iter qui fera de la France le cœur de la recherche mondiale en matière d’énergie au XXIe siècle. Nous pouvons gagner bien d’autres batailles, à condition de le vouloir.